Patagonie: Quand le vent s'en mêle

🇦🇷 Patagonie

Nous appuyons de toutes nos forces sur les pédales de ce foutu vélo qui n'avance pas plus vite qu'une tortue bourrée. Chaque véhicule qui passe soulève un nuage
de poussière que le vent de face incessant nous projette allègrement dessus. Ces minuscules particules s'infiltrent partout: nez, oreilles, yeux, bouche et se déposent sur notre peau laissant une
fine couche rugueuse. Et tandis qu'on avale la poussière, nos ventres crient famine: en moins de 30 minutes le petit-déjeuner est déjà digéré. L'énergie qu'on déploie pour avancer à moins de
5 km/h est démesurée. En plus de nous ralentir dans notre progression, le vent joue avec nos nerfs en produisant un bruit infernal et continu dans nos oreilles. On ne peut pas y échapper, pas
d'endroit où se cacher, rien que de la pampa à perte de vue. La prochaine "ville" est à 110 km dans l'axe du vent. On se demande comment on en est arrivé là!!??

5 jours plus tôt

Après nos péripéties entre le Maroc et Ushuaia (voir article précédent ), tout s'est mis en place comme
nous l'imaginions: réparation de la chaîne, repos, provisions. En Patagonie les prix sont excessifs et on a du mal à oublier les délicieux fruits et légumes frais du Maroc à 5 dirhams le kilo!

Le lendemain on continue notre périple dans des paysages qui s'aplatissent, se transformant bientôt en vastes étendues de pampa. Accompagnés de nos amis guanaco (cousin du Lama), nous pédalons
jusqu'à Rio Grande où nous passons une excellente soirée avec Stephan, Emilio et Nico qui nous héberge pour la nuit. Après 80 km de plus avec le vent de côté, nous arrivons à la frontière
Argentine de San Sebastian où les douaniers nous autorisent à dormir dans la salle d'attente. Cette dernière est chaufée, équipée d'une cuisine et d'une douche ce qui nous fait sentir comme à la
maison! On s'endort rapidement pour bien affronter les 150 km de piste du lendemain, plein vent de face! Nous pensons avoir assez de provisions mais sommes quand même obligés de cuisiner nos
derniers légumes devant la douane chilienne car ils refusent de nous laisser entrer avec des produits frais!

Côté chilien, la route se transforme en piste de mauvaise qualité et le vent devient de plus en plus fort. C’est le début et on est encore plein de bonne volonté et d’énergie dans le but de
parcourir les 150 km de vent de face en trois jours.  Mais après une journée entière à pédaler, nous n’avons fait que 37 petits kilomètres. Un peu dépités, on s’arrête près d’une mini-cabane
au bord de la route qui nous protège un peu du vent pour la nuit ! On peut enfin tester notre nouvelle tente (souvenez-vous la nôtre a été rendue hors d’usage au Maroc) qui fait un abri
parfait ! Le lendemain le vent souffle encore plus fort : 70 km/h en permanence et des rafales encore plus élevées !!! Nous appuyons de toutes nos forces sur les pédales de ce
foutu vélo qui n'avance pas plus vite qu'une tortue bourrée…vous connaissez la suite !

Bataille contre le vent

Après seulement 20 km qui en ont paru 100, nous nous arrêtons dans la seconde petite cabane qui est connue pour être un refuge pour les cyclistes. Malheureusement certains automobilistes
irrespectueux l’utilisent également comme toilettes…ce qui rend les lieux un peu dégoûtant. Qu’à cela ne tienne, être à l’abri de ce vent nous apporte tout le confort nécessaire ! Différentes
inscriptions aux murs nous font voyager avec nos prédécesseurs et nous donnent du courage car d’autres avant nous sont passés par là. On se sent moins fous et moins seuls ! Nous aussi, on met un
petit signe de notre passage!

On décide de se coucher tôt pour se lever à 2h du matin pensant que le vent serait moins fort durant la nuit, cela devrait nous permettre de faire les 100 km restant d’une seule traite. En effet,
on a plus assez de nourriture ni d’eau pour tenir plus d’un jour. C’était sans compter le cri de joie retentissant à l’extérieur de notre cabane vers 18h, on comprend tout de suite qu’on sera
plus que trois cette nuit-là. Un argentin et un brésilien nous rejoignent, nous offrent des pâtes blanches et de la purée ce qui nous semble un met des plus exquis après notre régime de polenta
et flocons d’avoine à l’eau ! A 2h du matin, le réveil sonne, on tend l’oreille : le vent souffle toujours aussi fort, idem à 3h, 4h, 5h, 6h… Nous abandonnons notre idée et continuons à
dormir.

Vers 10h, nous discutons avec nos amis d’un soir qui nous conseillent de monter 80 km vers le nord pour rejoindre le village de Cerro Sombrero. Là, un bus moins cher que le bateau, pourrait nous
amener à Punta Arenas. De plus, nous pourrions y acheter à manger: ni une, ni deux on change de cap!! À la vitesse de l'éclair, nous roulons avec un fort vent de côté, c'est toujours mieux que de
face. La route est en dur, fini la poussière et comble des réjouissances: des français en side-car nous offrent leur nourriture de secours! Les 16 derniers kilomètres nous donnent l'impression de
voler car nous avancons à plus de 35km/h sans trop d'efforts. Après une délicieuse douche dans le centre sportif de la ville, on monte notre tente derrière la Municipalidad, le ventre repus!

De Punta Arenas a Puerto Natales

Le lendemain, le bus nous porte là où le bateau aurait dû nous porter: Punta Arenas! Nous sommes hébergés par Jürgen, un ami d'Emilio, qui nous parle avec beaucoup de passion du fameux Parc
Naturel "Torres del Paine". Nous hésitions à y aller, cette fois nous sommes convaincus et prenons tous les renseignements pour y faire un trek!

Mais d'abord, il faut rejoindre Puerto Natales, point de départ pour le Parc. Windguru nous informe d'un vent pas trop défavorable, nous mettons l'alarme à 5h du matin et prévoyons une étape un
peu folle de 140 km jusqu'à Morro Chico... En chemin nous apperçevons des Ñandu (petites autruches de patagonie) et de magnifiques paysages! La fatigue se fait sentir après 110 km, dont 50 avec
le vent de face! Mais nous sommes décidés à aller au bout de cette folie! Lorsqu'on arrive après 10h20 sur le vélo on est crissement décalicé!!! Heureusement un gentil couple d'allemand campe au
même endroit que nous et nous offre du chocolat bien réconfortant pour le dessert!

Entre Morro chico et Puerto Natales nous avons droit à notre première grosse pluie depuis le départ: on peu enfin tester l'impermabilité de nos vêtements Gore-Tex! Tip Top! En Patagonie le temps
peut changer rapidement au cours d'une même journée et s'est accompagnés d'un beau soleil, et bien sûr du vent (de côté) que nous continuons notre journée jusqu'à Puerto Natales. On s'installe
dans le jardin de la Casa Lili, où on passe nos journées à discuter avec des voyageurs du monde entier et à préparer notre trek de 8 jours aux Torres del Paine. On a aussi eu la chance de
retrouver Tim et Sandra, des amis genevois, le temps d'une soirée! Notre ami Emilio, quant à lui, avait déjà visité le Parc il a donc continué sa route vers le Nord.

Parc national: Torres del Paine

C'est le pouce levé à la sortie de la ville de Puerto nNatales, où nous avons laissé nos affaires, que nous attendons. Seulement 20 minutes après, un gentil chilien nous prend et on essaye de
tenir la conversation malgré son accent et le bruit des roues sur la piste de cailloux! 2h plus tard et notre vocabulaire espagnol un peu enrichi, on arrive enfin au fameux parc. Chargés de plus
de 20 kilos dans nos sacs à dos, nous devrions être autonomes en nourriture pour les 7 jours de trek. Nous parcourons tous les jours environ 20 km dans des paysages à couper le souffle auxquels
nous n'aurions pas eu accès à vélo. Pour voir les photos, faites défiler le diaporama ci-dessous!

Nos derniers jours de pampa

De longues journées de 9h ou plus à pédaler dans des paysages beaux, calmes avec la seule présence des Ñandu et des Guanaco. Le temps est au beau fixe, le vent nous freine mais nous commencons à
nous habituer à ce dernier. Le soir, nous retrouvons d'autres cyclistes dans les quelques points clés, clairsemant la route: poste de police, poste de travaux des routes, stations essences.
Autant de lieux qui font partie des haltes de tout cycliste voyageant sur cette route et désirant dormir en compagnie!

C'est avec joie que nous arrivons au Parc national Los glaciares en Argentine. La ville principale, El Chalten, est le point de départ pour la mythique Careterra Austral par un périple que nous
conterons dans le prochain article! A El Chalten, nous sommes accueillis par Flor dans son humble maison "Casa del ciclista" qui se transforme en rendez-vous de voyageurs à vélo. Il y a peu de
place, beaucoup de vie, de chaleur humaine, de partage sous le regard bienveillant de Flor. On en profite pour trekker dans le Parc National et admirer le célèbre Mont Fitz Roy sous un soleil
magnifique.

Anecdotes de voyage

Notre itinéraire

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