Au départ de Meknès nous nous sentons tout émoustillés à l'idée de traverser les montagnes mythiques de l'Atlas ! Afin d'y parvenir, nous pédalons de longues heures dans un joli paysage fait
de collines. Après une belle montée nous arrivons dans la ville de El Hajeb, où nous faisons des provisions pour la journée que nous avons nommée « La journée fruits et légumes » en
raison de notre volonté de végétariens de nous nourrir ce jour-là uniquement de fruits et légumes. Le soleil se couchant, nous devons chercher un endroit où dormir. A la sortie de la ville, nous
tombons sur un champ avec de grands monticules recouverts de bâches. Nous apercevons le gardien des lieux auquel Ronnie et Alexi se chargent d'aller demander la permission pour planter notre
tente parmi ces drôles de monticules !
Après dix minutes de discussion accompagnée de grands gestes, le gardien finit par comprendre notre requête et nous montre la maison d’une famille où nous pouvons planter la tente ! Dès
notre arrivée, la jeune fille de 18 ans nous demande ce que nous souhaitons boire. Avec les boissons, elle nous amène un gros pain rond et plat fait maison ! Un vrai délice !
Les monticules sont en fait des gros tas d’oignon qui sont conservés ici : une couche de pierre, beaucoup d’oignons, une couche de foin et du plastique pour protéger le tout ! Une fois
de plus nous passons une belle soirée autour d’un feu qui nous permet de cuisiner sans sortir les réchauds en utilisant les oignons que nous avons reçus de la part du gardien !
Pour ceux qui desire avoir des informations pratique sur le voyage a vélo au Marco, nos amis quebecois ont fait un super post ici .
Le moyen-atlas
Le lendemain, nous commençons une longue pente douce qui nous mène dans le Moyen-Atlas. Les paysages se transforment, l’environnement plutôt vert que nous avons traversé jusqu’ici a laissé place
à des terres sèches. Nous croisons, comme d’habitude, de nombreux bergers et leurs troupeaux de moutons ou de chèvre. La pente devient plus raide et nous traversons une vaste forêt de chênes, un
milieu naturel protégé par le gouvernement. Nous passons par Ifrane, une sorte de ville « Européenne » où nous ne nous sentons absolument plus au Maroc ! Une belle descente
récompense les efforts de la journée avec une vue en hauteur des montagnes du Moyen-Atlas. Une pause dans un camping à 5 km d’Azrou nous permet de laver nos vêtements et faire le plein de
chocolat Lindt, offert par le responsable du camping ! Ce dernier est une mine d’informations, il nous apprend que le mot « berbère » vient de « barbare » et que le terme à
employer est Amazigh (prononcez amazir), qui est d’ailleurs le nom de son camping et qui signifie « homme libre ». Il nous donne également des conseils au sujet de l’itinéraire, nous
suivrons la direction de Imilchil à environ 300 km, dans le Haut-Atlas. Nous pensons y parvenir rapidement, c’était sans connaître les conditions de voyage à vélo dans l’Atlas et les
aventures qui en découlent !
Un hiver anormalement sec
On apprend aussi que l’hiver est anormalement chaud et sec, en 2014 il y avait déjà de la neige début décembre. Bien que ça nous arrange, c’est un problème pour les Marocains car le pays manque
d’eau. Les champs sont labourés et prêts à accueillir des cultures mais sans pluie, rien ne pousse. Cette sécheresse s’avère désastreuse pour les paysans marocains et pour la plupart des Amazigh
car ces personnes vivent de leurs cultures de fruits, légumes et céréales. Tout au long de notre traversée de l’Atlas, les Amazigh aborderont ce sujet.
Nous partons de bon matin et affrontons le col du Zad (2178 m.) qui nous permet de découvrir que des singes peuplent la forêt que nous traversons ! La route continue par une belle pente
douce qui nous permet de découvrir au loin les montagnes du Haut-Atlas ! On fait le plein de provisions dans un grand souk de bord de route. Et cette nuit-là nous avons l’autorisation d’un
berger de nous installer sur ses terres, le paysage est sublime. On se sent seuls au monde…mais on ne l’est jamais au Maroc ! A 21h30, alors qu’on s’apprêtait à dormir, on entend un bruit
puis une voix « Salam Aleykum ». On répond machinalement « Aleykum salam » et Alexi ouvre la tente pour voir qui nous salue ! C’est un jeune marocain, qui habite dans la
maison de la colline d’en face et qui se demandait si nous avions besoin de quelque chose. Nous lui faisons comprendre que tout va bien, que nous n’avons pas froid, ni faim, ni soif. Il nous dit
qu’on peut venir chez lui, mais déplacer la tente et toutes nos affaires alors qu’il fait déjà -2 degrés et que nous sommes au chaud dans nos sacs de couchage n’est pas vraiment tentant ! On
décline gentiment l’offre et le remercie à plusieurs reprises ! Durant la nuit il a fait -7 degrés, on a eu un peu froid ! Au petit matin, on découvre que les gouttes de condensation à
l'intérieur de la tente sont de glace et la tente est toute givrée!
Accueillis comme des rois dans une famille Amazigh
On arrive aux portes du Haut-Atlas dans la ville de Boumia au soleil couchant ! Comme les autres jours, nous demandons à des habitants, un peu en dehors de la ville, de nous autoriser
à planter notre tente. Cette fois, c’est une belle femme aux traits complétement différents de ce que nous avons vu jusqu’à présent, qui nous donne son autorisation. Tandis que nous montons nos
tentes, on nous apporte le thé, le pain fait maison et l’huile d’olive, que nous mangerons peu après avec notre repas du soir. Il fait nuit lorsque Aziz, le mari de la dame, et ses enfants
viennent nous chercher avec un immense sourire. Il est hors de question pour lui que nous restions dehors par ce froid glacial (nous sommes à 1900 m). Nous acceptons son invitation et nous
rendons dans un salon cosy et surchauffé par un poêle à bois posé au centre de la pièce. On nous apporte à nouveau le thé, le pain et l’huile d’olive que nous mangeons par politesse car nous
n’avons absolument plus faim ! La soirée a quelque chose de magique, on communique tant bien que mal en arabe, amazigh et français car les enfants sont scolarisés. Ces derniers nous font
découvrir leurs livres de français, datant des années 70, rien à voir avec les méthodes d’aujourd’hui ! Nous partageons leur repas (ou presque voir anecdote plus bas !). Lorsque
la fatigue se fait sentir, c’est tout naturellement qu’il nous proposent de dormir chez eux plutôt que de retourner dans nos tentes gelées ! Nous acceptons avec gratitude leur proposition et
nous retrouvons dans une grande pièce avec les habituels matelas-canapés typique des salons marocains. En deux minutes on nous installe de confortables et douillettes couvertures, qui font de
cette pièce un dortoir idéal.
Une bonne nuit de sommeil, des crêpes marocaines pour le petit-déjeuner et c’est reparti pour de nouvelles aventures ! L’ascension vers le Haut-Atlas commence, les paysages changent presque
à chaque virage et sont à couper le souffle ! Une nuit en camping sauvage dans une montée interminable nous vaut de commencer la journée à jeun et sans possibilité d’acheter quoi que ce
soit. Visiblement, il est nécessaire d’être organisés au niveau du ravitaillement lorsqu’on traverse l’Atlas à vélo car il y a peu de villages. De plus, ce n’est pas parce qu’il y en a un qu’on y
trouve à manger. Souvent ce ne sont que de petits hameaux qui vivent en quasi-autarcie.
Mais nous ne sommes pas organisés et ce n’est pas la seule fois que nous aurons très faim dans l’Atlas ! Finalement, après la montée verticale d’un col à 2276 m, nous arrivons à Tagoudit où
nous prenons un petit-déjeuner de roi dans un gîte ! Là, nous apprenons l’existence d’une piste qui permet d’éviter deux grosses montées. Elle suit le cour d’un Oued, une rivière presque
asséchée qui ne se remplit qu’en cas de pluie.
La piste !
Nous décidons de prendre cette piste de 16km. Il nous faudra 24h pour en venir à bout ! Il s’agit en réalité d’un pseudo-chemin piéton qui s'est effondré sur la plupart du tracé. Nous devons
donc emprunter en alternance le lit de la rivière (pieds mouillés garantis) et parfois le bord, ce qui nous oblige souvent à transporter les vélos à la force de nos bras. Nous avons
poussé nos vélos sur la plus grande partie des 16km car il était impossible de rouler dessus ! Quand nous pouvions nous y asseoir pour 100m nous avions l’impression d’avoir énormément
avancé.
Cependant, tous ces efforts nous ont permis une rencontre incroyable avec une famille d’une générosité hors du commun, une soirée formidable et inoubliable avec La
Houssey, Orchia et Jamal. Nous avons mangé un délicieux tajine végétarien préparé spécialement pour nous, discuté, rigolé et constaté une fois de plus qu’il « en faut peu pour être
heureux » ! La Houssey a insisté pour qu’on revienne le voir…
Après encore 10 km de piste dont on arrive difficilement à bout, on croise la voiture des gardes forestiers qui nous proposent de dormir dans leur refuge à quelques kilomètres. Nous acceptons
volontiers, nous n’avons plus rien à manger et n’avons pas pris de douche depuis 5 jours ! Encore une belle soirée où nous découvrons les traditions musicales Amazigh !
des femmes et des hommes
Tous les jours les femmes font une dizaine ou une quinzaine de pain plat et ronds qui constituent la base de leur alimentation. Ils complètent cela avec des
légumes et de l’huile d’olive. S’ils ont une vache, ils ont aussi du lait et du beurre (qui a plus un goût de fromage). Certains Amazigh fabriquent encore le couscous de manière traditionnelle, un travail de longue haleine. Les femmes font également
des tapis et des couvertures avec la laine des moutons. Elles font d’abord tout un travail pour nettoyer la laine des impuretés et des nœuds, puis la coiffent avec une brosse. Finalement, elles
en font un fil épais à l’aide d’un bâton taillé spécialement pour cela. Nous avons également vu des métiers à tisser utilisé avec du fil industriel qui provient du souk. Ce sont aussi les femmes
qui font la lessive dans les rivières. Aujourd’hui, elles ont abandonné l’usage de la plante traditionnelle utilisant des produits industriels qui polluent les eaux. Parfois elles s’occupent
des champs et des animaux mais c’est en général le travail de l’homme. Nombreux sont les bergers et leurs troupeaux de chèvres ou de moutons qui donnent souvent l’impression de n’être jamais seul
même dans les endroits les plus reculés. Les enfants aident aussi aux tâches, les filles sont sollicitées lorsque quelque chose manque à table, elles aident à servir et à débarrasser. Les garçons
sont chargés des troupeaux.
Arrivée à Imilchil et fondant au choc !
Ali, un berger, nous invite à boire le thé alors que nous sommes en plein milieu de la montagne et qu’il n’y a rien autour. Allègrement, il sort de sont sac multicolore en laine de mouton, une
petite théière, un pain de sucre et de l’eau ! Le thé constitue vraiment un élément essentiel dans la journée des Marocains. Tout simplement, il ramasse des brindilles et allume un
petit feu. Nous nous asseyons par terre et il nous joue une jolie mélodie avec une flûte faite dans un bout de tuyau ! Puis, il nous explique que la neige arrivera dans 3 jours…ce qui nous
laisse perplexes car ça voudrait dire que nous serions coincés dans l’Atlas ! On continue l’ascension d’un col, le Tizi n’Tilmi qui est le plus haut jamais atteint pour nous :
2752m ! S’en suit une des plus longue et plus belle descente de notre vie : 25 km de pure bonheur jusqu’à Imilchil. Une courte journée que nous terminons par un délicieux fondant au
chocolat cuit dans le four à gaz du gîte dans lequel nous nous sommes installés !
Chez Mimoun
Après Imilchil nous décidons de continuer dans l’Atlas en direction de Marrakech. Le paysage toujours aussi beau devient plus « plat » c’est-à-dire que les cols ne dépassent plus les
2000m et la route ne semble plus une montée infinie ! Alors que nous mangions les derniers bouts de pain qui nous restaient, assis au bord de la route, des enfants nous amènent un
plateau avec du thé, du pain, du beurre et de l'huile d'olive. Peu après, Mimoun le père de famille, nous invite chez eux pour le petit-déjeuner. Il nous explique qu’il a quatre enfants à lui et
qu’il en a adopté deux dont les parents sont décédés. Quel grand cœur, alors qu’ils vivent plus que simplement dans leur petite maison. Nous faisons essayer notre tandem à Mimoun et aux enfants
qui sont ravis !
Direction Marrakech
Après encore plusieurs dizaines de kilomètres nous sortons du Haut-Atlas, soulagés de ne pas avoir affronté la neige ! Les montées et descentes pour atteindre
le bord de l’Atlas nous ont paru interminables et c’est très fatigués que nous arrivons au camping de Bin-El-Ouidane. Il s'agit d'une région pourvue d'un grand lac artificiel qui offre des vues
spéctaculaires. Nous y passons une journée de repos bien méritée, qui est également notre dernière journée avec nos amis Ronnie et Alex. Nous avons partagé avec eux des moments très forts
durant nos différentes aventures dans l’Atlas. A quatre tout est plus facile, plus léger et plus drôle aussi ! Nous sommes très heureux d’avoir fait une si belle rencontre, si tôt dans notre
périple et nous nous réjouissons de les retrouver à Québec.
L e lendemain c’est à deux que nous poursuivons nos aventures entre collines et forêts, nous visitons brièvement une presse d’huile d’olive et dormons chez une
famille Amazigh invités par les deux petites filles Jamila et Chaima au bord de la route ! En plus du thé, du pain et de l’huile d’olive, on nous offre du beurre et un grand verre de
lait. C’est Alexi qui boit un peu de lait par politesse (Anysia étant intolérante au lactose), ce qui lui vaudra d’être très très très malade le lendemain. Heureusement la journée est plutôt
simple puisque nous sortons complètement de l’Atlas et atteignons la plaine. Le soir nous dormons dans la cour de la famille d’Abdeljalil qui parle bien français et se réjouit de nous
inviter dans un de leurs salons.
Notre itinéraire au Maroc
Arrivée à Marrakech et trekking
Le 15 décembre, après 3815 km, plus de 31000 m de dénivelé positif et 0 crevaison, nous arrivons à Marrakech!!! Nous sommes accueillis comme des rois par la tante et l’oncle d’Alexi, Lise et Mo,
dans leur merveilleux « jardin ». Le soir même, nous décidons de partir pour quatre jours de trek avec eux dans l’Atlas. Durant cette aventure à pied nous avons pu découvrir de
nouvelles facettes de l’Atlas, des couleurs allant du mauve au rose, des cultures en terrasses et des chemins de muletiers franchissant des montagnes qui semblent infranchissables. Ce fut une
belle expérience, ponctuée de multiples explications sur le Maroc que Lise et Mo connaissent très bien. Merci à eux ☺
Anecdotes rigolotes de voyage
Highlight du Maroc
La suite des aventures…
Nous partons pour Ushuaia le 10 janvier 2015, où nous prévoyons de remonter un bout de Patagonie puis nous rendre sur la Carretera Austral au Chili, cette fameuse route qui parcourt les
lieux les plus reculés des Andes chiliennes ! Qui nous aime nous suive !!!
Un grand merci à Vagabonds à vélo (nos amis québécois) pour les photos de nous sur le vélo! pour suivre leur aventure : cliquez ici