Nous ne savons pas exactement à quel moment nous avons passé la frontière puisque nous avons emprunté un petit col sur une voie verte (piste cyclable) nommée Col du
Panissar. La seule indication plausible fut un changement radical de qualité de la voie. En France, un beau béton lisse, en Espagne, un sentier de montagne caillouteux et creusé par les pluies.
Le panneau « Pirinexus » nous indique qu’il s’agit bien de la voie verte qui traverse les Pyrénées ! On oublie la photo « Benvinguts a España » qu'on espérait faire (on
s’est mis au catalan ;) et on continue notre chemin!
N’ayant plus d’eau nous avons sonné à l’unique maison croisée le long de cette voie en plein milieu de la montagne. Nous avons
été accueillis par Pierre, un enseignant cinquantenaire qui habite là avec sa femme et son fils. Après quelques échanges, il nous a proposé de prendre une douche chaude chez lui ce qui nous a
ravi. Un instant avant, nous nous sentions au milieu de nulle part, et soudainement nous étions dans une
magnifique salle de bain en train de profiter d’une vraie douche : quel bonheur ! Pierre cultive un jardin potager et des arbres fruitiers 100% bios puisqu’il n’y met aucun produit.
Nous avons même droit au tour du propriétaire avec explications en prime : 7 kg d’olives pour un litre d’huile (quoi ??? c’est beaucoup!), les chênes à liège se protègent du feu grâce à
leur écorce. Merci à Pierre pour son hospitalité !
Direction: le sud
Après la France où nous avions pris notre temps, nous avons eu envie d’avancer plus vite afin de nous rapprocher du chaud car il commençait à faire vraiment
froid ! Ainsi, c’est par les routes nationales, toutes dotées d’une bande d’arrêt d’urgence, que nous servons comme piste cyclable, que nous avançons à toute berzingue ! Contrairement à
ce que nous nous imaginions, les Espagnols se montrent très respectueux de la distance de sécurité nécessaire : Gracias ! Par contre on a été piégé à plusieurs reprises par des routes
nationales de transformant soudainement en autoroutes avec un panneau interdisant l’accès au vélo placé au dernier moment, ce qui nous a valu quelques contre-sens sur des entrées
d’autoroutes ! Rassurez-vous il ne s’agissait que de quelques dizaines de mètres !
Barcelone ou la grande abbuffata
Barcelone a été pour nous la première étape d’un long voyage….et nous ne savons pas si c’est pour cette raison ou une autre mais Barcelone s’est transformée en arrêt
gastronomique nous changeant de notre quotidien : féculents, fruits et légumes. En bref on a plus mangé que visité, plus de photos de nourriture que de monuments. En Italien on appelle ça
une "abbuffata"! Cela nous a fait du bien mais pas à notre porte-monnaie car même si c’est pas cher, beaucoup de choses pas chères ça fait quand même très cher ! Nous avons logé chez
Edouard, un russe d’une quarantaine d’année qui a fait la guerre en Afghanistan, super grand et baraqué comme une armoire à glace, responsable de la sécurité dans une boîte de nuit et gentil
comme un agneau. Il s’inquiétait de notre drôle de coutume d’enlever nos chaussures en rentrant chez lui en nous demandant expressément de les garder pour ne pas prendre froid aux pieds. Nous
avons compris plus tard qu’en Espagne tout le monde garde ses chaussures à l’intérieur ! Edouard s’inquiétait également de voir Alexi sortir en short, t-shirt et tong alors que même lui
était en jeans, pull et veste. Il ne pouvait s’empêcher de proposer une veste à Alexi à chaque fois que nous
sortions.
Barcelone fut également l’endroit de notre première soirée en voyage : un concert en plein dans notre rue jusqu’à 4h du matin, gratuit et open-air ! Mais
surtout, Barcelone fut le lieu de rencontres très touchantes, comme ce couple de retraités, Carol et Pete qui aiment voyager à vélo et que nous avons suivi sur plusieurs kilomètres en entrant
dans Barcelone. Ils avaient une telle condition physique qu’après quelques dizaines de kilomètres nous n’arrivions plus à les suivre : impressionnant ! Après une halte pour discuter
vraiment, car les feux rouges c’est pas très pratique, ils nous ont invité chez eux aux USA !
Puis, c’est dans un restaurant végétarien que nous avons rencontré Benji et Gwen. Alors que nous fêtions nos 1 an de fiançailles (toutes les occasions sont bonnes
pour manger) ils fêtaient leurs 20 ans de mariage, venus tout droit de Floride pour le week-end ! N’ayant pas réservé nous nous sommes retrouvés à une grande table avec eux. Lui avocat et
elle médecin, parents de quatre enfants, ils ont voyagé à travers le monde en sac à dos durant toute leur vie ! Nous avons sympathisé et discuté durant tout le repas après quoi ils
nous ont généreusement demandé s’ils pouvaient nous offrir notre repas ! N’en croyant nos oreilles et incroyablement touchés, nous avons accepté (évidemment). Ils nous ont expliqué qu’à
l’époque de leurs jeunes années de voyage, plusieurs personnes les ont invités au restaurant alors qu’ils n’en avaient pas les moyens et aujourd’hui ils avaient envie de faire pareil ! Et en
plus ils nous ont invité sur leur île en Floride !! See you and THANK YOU ! Cette surprise nous a mis le sourire au lèvre et nous ne pouvions nous arrêté de faire des blagues ne croyant
pas ce qui venait de nous arriver !
En quittant Barcelone, nous avons croisé plusieurs voyageurs à vélo se dirigeant également vers le Maroc et on s’est senti un peu moins fous d’être partis en automne
en voyage itinérant à vélo !
Direction : Valence
Après Barcelone nous avons suivi une belle côte avant de nous enfoncer légèrement dans les terres. En effet, Manel, un généreux hôte Warmshower, nous a prêté son appartement entier pour une nuit
à Ulldecona après quoi nous avions envie de voir l’intérieur du pays. Après six jours de vélo et 450 km nous sommes arrivés à Valence où nous avons été accueillis par Chema et Elena un couple de
trentenaire qui prépare un tour du monde à vélo dans quelques années. Nous avons passé de belles soirées avec eux, échangeant sur l’Espagne, la politique et surtout les voyages ! Après un
jour de pause, nous sommes repartis accompagnés de nos hôtes pour la journée. Le soir arrivant, nous cherchions un endroit où planter notre tente mais nous étions entourés de plantations
d’orangers en file indienne : pas facile de s’y cacher (et ce n’était que le début de nos déboires en plantations d’arbres). Nous avons trouvé un champ qui nous paraissait assez caché,
bien que surplombé par une maison. Anysia n’était pas très à l’aise alors qu’Alexi (comme à son habitude) tenait un œil tout à fait optimiste sur la situation. Nous entendions un chien aboyer,
mais c’est un phénomène omniprésent en Espagne et nous ne nous sommes pas inquiétés de ce bruit. Après quelques minutes, heureusement nous n’avions pas sorti nos affaires, Anysia aperçut un homme
au pull rouge, se balader dans le champ avec son chien ! Alexi : « Mais nan c’est pas grave il va partir », Anysia «Il nous cherche! Il faut partir tout de suite! ». Ni une ni
deux, nous décidons de filer à l’anglaise, ne manquant pas de chiper quelques fruits au passage (quand même faut pas que le bonhomme se déplace pour rien!). Lorsque nous étions à 40 m du
champ, nous l’avons aperçu et lui aussi mais heureusement il a décidé de ne pas lâcher son chien ! Ouf, on a eu chaud !
L’intérieur du pays
Après ces émotions, c’est une nuit de pluie intense qui commence 5 minutes après que nous ayons fini de nous installer. Le lendemain, une looooooongue journée de
montée en faux plat et un col, vent de face avec un énorme paquet de boue coincée entre nos roues et les pares boues. Autant vous dire, que c’est uniquement à force de positivisme intense (et
d’oranges chipées au bord de route) que nous sommes parvenus de nuit, après 66 km qui en ont paru 200, chez nos hôtes Warmshower, Pablo et Belen. Ces derniers, nous avaient préparé un menu
(sans lactose et végétarien, s’il vous plaît) délicieux.
Pablo était journaliste dans une radio, lorsque celle-ci a fermé. « Trop vieux » pour retrouver du travail, selon ses dires, il a crée un journal local
mensuel gratuit tiré à 50000 exemplaires ! Nous avons passé un très bon moment à discuter avec lui et Belen autour du repas, pris à 22h comme cela se fait en Espagne, alors que nous nous
endormons après le coucher du soleil vers 21h en général dans notre tente. Le lendemain, après un petit déjeuner digne d’un hôtel 5*, Pablo nous a accompagné jusqu’à notre chemin et n'a pas tardé
à publier un petit article sur la page Facebook de son journal. Ce dernier a eu beaucoup de succès selon lui : retrouvez le en cliquant ici . MUCHAS GRACIAS PABLO !
Afin de rejoindre les parents d’Anysia à Cordoba le 10 novembre, nous avons décidé de couper net à travers le pays. Nous avions également envie de découvrir d’autres
paysages moins côtiers. Ainsi, nous avons pu traverser de nombreuses plantations fruitières : orangers, mandariniers, plaqueminiers (kaki), cognassier, grenadier et de nombreux champs
cultivés. Nous avons pu profiter de magnifiques paysages avant l’Andalousie. Mais surtout nous avons
pédalé des centaines de kilomètres dans des plantations d’olivier en rang d’oignon à perte de vue des deux côtés de la route. Selon notre estimation très approximative basé sur un calcul savant,
il devrait y en avoir un milliard ou plus. Tous en rang, sur une terre blanchâtre complètement asséchée et craquelée. Autant vous dire que notre amour de l’olivier s’est transformé peu à peu en
ras-le-bol de ces paysages artificiels. Cela nous a d’ailleurs beaucoup rappelé Borneo et la déforestation que nous avions pu observer depuis l’avion et depuis le car, puisque là-bas toute la
forêt primaire a été remplacée par des palmiers à huile de palme (boycottez ce produit malsain et nocif pour l’environnement!). Et pour couronner le tout, les plantations d’oliviers ne sont vraiment pas pratiques pour trouver un campement discret et caché
(voir anecdote plus bas).
Heureusement les Espagnols sont un peuple vraiment sympathique et toujours prêts à nous aider pour nous indiquer le chemin, nous donner de l’eau fraiche à boire ou chaude pour la douche. Par
contre, plus nous descendons vers le Sud et plus les gens nous considèrent comme des extra-terrestres venus de loin et complètement fous de nous déplacer à vélo.
Après sept jours de vélo dans les terres, notre chemin nous a mené à Jaen, une ville hors des sentiers touristiques d’Andalousie, mais que nous avons bien aimée. C’est certainement aussi parce
que nous avons été accueillis par une famille super sympa : Eladio, 22 ans, ingénieur et passionné de voyages et de rencontres, sa maman, son petit frère et Abuela ! Cette dernière a eu
bien du mal à comprendre le concept de "végétarien", malgré les explications d’Eladio. Elle n’arrivait pas à se faire à l’idée qu’on ne mange volontairement pas de viande et ne cessait de nous en
proposer malgré nos refus polis: « No gracias, porqué es un animale ». Finalement, elle nous a proposé du jambon, nous: « Es un animale » et elle: « No,
jamon no es animale, es JAMON ! » ce qui nous a fait bien rire ! Après une bonne nuit de sommeil, nous avons tenté de partir le matin avec une brique de lait dans le sac à dos
afin de prendre le petit-déjeuner dehors comme à notre habitude. Mais c’était sans compter sur la ténacité d’Abuela qui a refusé que nous sortions sans avoir mangé un « Roco de
viento », un beignet frit et trempé dans le sucre, avec une orange de son « campo » !
A Jaen, nous sommes tombés par hasard sur la « Fiesta del primer Aceite ». Ainsi, nous avons pu déguster différentes huiles d’olives et visiter un palacio. Nous avons également assisté
à la création de pralinés à l’huile d’olive, avant de nous balader dans les ruelles ! Cette journée de pause nous a fait le plus grand bien et nous a permis de pédaler d’une traite jusqu’à
Cordoba le lendemain. Sans oublier l’aide des barres de figues séchées qu’Abuela nous a offert avant notre départ. Tout droit venues de son campo, ce sont de véritables bombes énergétiques et un
vrai délice ! Il faut avouer aussi que nous n’avions pas spécialement envie de retenter une nuit dans les champs d’oliviers (voir anecdote plus bas) !
Les vacances
C’est en mode « vacances » que nous avons visité la magnifique ville de Cordoba et ses alentours avec les parents d’Anysia. Sans oublier le défi sportif
des vacances : 150 km de Cordoba à Serrato avec des montées-descentes afin de rejoindre une petite maison rustique louée pour les derniers jours et où nous écrivons cet article. Balades dans
les alentours, parcs naturels etc...ce break nous a booster pour la suite.
Les anecdotes rigolotes de voyage
Highlight de l’Espagne (pour nous)
Les centaines de lapins vivant au bord des routes qui se sont enfuis en nous voyant !
On a compris l’expression « détaler comme un lapin » J
Les bouquetins-biches (on a pas trouvé le nom officiel) qui peuplent la Sierra de Alcaraz
La suite de nos aventures
Nous allons continuer notre descente vers le Sud en visant le Maroc, comme prévu, sans passer par le Portugal car il commence à faire frais, il ne faut pas oublier
que nous vivons dehors jour et nuit!
Nous avons étudié différents itinéraires après le Maroc :
1) R emonter
l’Espagne, la France et partir à l’Est : non c’est psychologiquement trop difficile de remonter à vélo tout ce qu’on vient de descendre, sans parler de la météo hivernale…
2) Prendre un
bateau pour la Sicile ou l’Italie et partir vers l’Est ce qui nous permettrait d’arriver encore dans les bons mois en Asie Centrale : pourquoi pas mais la situation politique actuelle en
Europe de l’Est et Moyen-Orient n’est pas idéale...
3) Partir pour
l’Amérique du Sud : Oui, mais comment ? En bateau cargo: on a fait plein de recherches et des demandes, les seules options qu’on a trouvées pour le moment sont très onéreuse, environ
120€ par jour et par personne. Malheureusement, pour une dizaine de jours de traversée ça revient clairement plus cher que l’avion. En bateau de plaisance: on a pas trouvé un équipage qui
proposait un itinéraire adéquat.
Si quelqu’un a un super bon plan à nous proposer, nous sommes preneurs. Sinon, nous pensons prendre un avion début janvier pour nous rendre à Ushuaïa et remonter
l’Amérique du Sud ! Il faut vraiment qu’on développe notre espagnol !