USA - Into the wild : du désert aux sommets enneigés

🇺🇸 USA

Assis par terre devant les toilettes du Roy’s Motel sur la fameuse Route 66, nous nous appliquons à écrire quelques mots sur un bout de carton récupéré quelques km auparavant : “WE NEED WATER
PLEASE”. Nous sommes partis de 29 Palm le matin même, c’est la dernière ville avant plusieurs centaines de km de désert. Avec 4 jours de nourriture, nous devrions tenir jusqu’à Las Vegas. Du riz
complet, de la quinoa, des pâtes, des flocons d’avoine, quelques fruits et une salade. “Purée, mais on est débiles ?! On a pris que des trucs qui cuisent en 40 minutes et nécessitent beaucoup
d’eau !!” Visiblement, malgré nos deux ans et demi de voyage, on n’est toujours pas capables de planifier intelligemment nos jours d’autonomie !

Mojave desert

Le demi-litre d’eau coûte 1 dollar au Roy’s Motel qui est le seul magasin sur des centaines de kilomètres. Nous décidons alors de compter sur la solidarité des Américains pour ne pas devoir se
ruiner pour de l’eau. C’est une expérience intéressante d’être assis par terre devant des toilettes en cuisinant et en écrivant sur un carton : les gens nous prennent pour des “homeless”, des
sans-abris. Certaines évitent de nous regarder, d’autre prennent une mine interrogatrice ou carrément hostile. Parmi eux, deux hommes, la cinquantaine, vraiment bien habill é s, s’adressent à nous avec les questions habituelles “D’où venez-vous ? Depuis combien de temps vous voyagez ? Etc.” “Et vous avez besoin d’eau ? Ils en vendent
chez Roy’s” “ Oui, mais c’est très cher pour notre budget…” L’homme met la main dans sa poche et en sort un billet de 20 $. Surpris et gênés, on répond “ Non, non ne vous en faites pas on, n’a
pas besoin d’argent…” “Allez vous acheter de l’eau, c’est moi qui vous l’offre”. On accepte finalement, c’est rare d’avoir un chiffre positif dans le bilan financier de la journée !

Après une nuit dans une cabane abandonnée du Motel, vitres cassées, sol rempli de mégots et poussière, toilettes et douche remplies de m…, ou les gérants du Roy’s nous ont laissé dormir
gratuitement pour éviter le froid des nuits dans le désert, nous repartons reposés pour une journée de longue montée dans le Mojave Desert and Preserve. Une réserve aux paysages secs et sauvages
peuplée de milliers de “Ground Squirrel”, de petits écureuils qui vivent dans le sol et sont d’une agilité et vitesse impressionnante. Pour preuve : nous n’en avons pas vu un seul écrasé sur 300
km de désert ! Notre technique du panneau accroché au vélo fonctionne à merveille, en peu de temps quelqu’un s’arrête et nous offre de l’eau. La journée se termine par une longue descente avec
une vue impressionnante sur les dunes. Nous raccrochons notre panneau en carton avec l’espoir que quelqu’un s’arrête, en vain. Nous arrivons donc à Kelso, une station ferroviaire, où les rangers
nous fait bien comprendre que nous n’avons pas le droit de camper mais nous pouvons remplir nos bouteilles d'eau, ouf! Dommage le vieux bâtiment avait l’air douillet pour une nuit au chaud, mais
ce n’est plus l’Amérique du Sud, dormir à l’intérieur d’un bâtiment public est hors de question ! Soudain, nous apercevons un coyote, il passe devant nous en plein jour sans se presser…Les
touristes ont dû l’amadouer avec de la nourriture et il n’est plus effrayé par les êtres humains.

On fait 500m en arrière, et on prend un petit sentier qui s’enfonce dans le désert. On s’assure d’être à plus d’un mile (1,6km) de la route comme le veut la loi pour installer notre campement au
soleil couchant. La vue à 360 degré nous époustoufle de beauté. Et dire que les gens nous demandent souvent si on en a pas marre de Voyager, si on n’est pas fatigués de l’incertitude permanente
liée à notre itinérance. Bien au contraire, comment vivre dans un seul endroit ? Quand il y a tellement de gens, tellement de paysages à découvrir ! La nuit est assez froide, mais nous dormons
paisiblement.

On part aux aurores afin de ne pas se faire pincer par un ranger. L’eau du robinet que nous avons trouvé à Kelso a le même goût que l’eau de piscine… On
boit du chlore ! On réessaye avec le panneau, mais les gens ne semblent pas se soucier de notre sort. Une nouvelle montée nous amène sur un petit plateau rempli de
Joshua Tree (Yucca Brevifolia de son nom scientifique), un arbre endémique de la région qui ressemble à un yucca, mais avec plein de bras différents partant dans
tous les sens ! Soudain, on aperçoit deux petites bouteilles d’eau, posées sur le bord de la route avec un post-it ! Serait-ce pour nous ? “For the couple
on the bike”. Wow nous sommes épatés par la gentillesse de ces personnes anonymes qui nous offrent une belle dose d’énergie positive ! Une longue descente nous amène dans
la vallée de la fameuse ville du jeu Las Vegas ! Impossible de l’atteindre à vélo sans faire un détour de 300km, car la voie directe est une autoroute interdite aux vélos. Nous optons
alors pour le stop, en effet, nous sommes attendus avant 15h…

Las Vegas

Transpirants, puants, on sonne à la porte d’une jolie maison dans un quartier résidentiel de Las Vegas. Quand Flore nous ouvre la porte avec une énergie et une joie visible, on se sent chez
nous. Flore est une Française que nous avions rencontre en juin 2016 à Cusco, au Pérou. Après une rapide douche, nous partons chez des amis de notre hôte pour assister au
Super Bowl, la finale du championnat de football américain. Pour moi, ce sont des bonhomme en armure de plastique qui se foncent dedans en essayant de se passer une
balle qu’il faut mettre derrière une ligne. Il faut dire qu’il y a deux heures, nous étions assoiffés en train de pédaler dans le désert et nous voilà installés confortablement dans un
canapé à grignoter des pistaches en regardant un écran gigantesque entourés de nos nouveaux amis, des athlètes en tous genres qui font partie d’un fameux show d’acrobatie et de danse nommé “Le
rêve”. Quelle belle vie ! Quelle chance nous avons !

Le lendemain, Flore nous fait découvrir un peu de son univers en nous invitant à la répétition de son spectacle, elle fait partie du team de natation synchronisée : impressionnant
! À la tombée de la nuit, nous partons à la découverte du fameux “Las Vegas Boulevard”, cette longue rue qui apparaît dans les films avec des casinos géants, des lumières dans tous les sens
et des gens tous plus fous les uns que les autres (nous y compris). L’activité principale consiste à se balader dans les casinos qui sont chacun aussi grand qu’un petit village
suisse. À l’intérieur, le nouvel an chinois est à l’honneur, décors exubérants de chien géants, fleurs, fontaines, magasins de luxes, restaurants et évidemment machines à sous et autres
tables de jeu par milliers. L’argent est partout, les gens jouent des sommes folles, ils hurlent de joie, applaudissent, se félicitent. Tentés par l’expérience, nous nous asseyons à une
table, décidés à essayer de gagner les 200 dollars nécessaires pour se payer deux tickets pour le show de Flore. Un gros homme s’attable juste après nous et change 300 dollars en
jeton. Il les pose partout…et il gagne…et il gagne ! Quant à nous, avec nos pauvres 40 dollars…et on perd…et on perd ! Le show, ce sera pour une autre
fois.

Death Valley

La vallée de la mort a reçu ce nom en 1849 suite à une expédition, à l’époque de la ruée vers l’or, qui s’est soldée par le décès de 13 pionniers. Par chance, nous la visitons en plein
hiver, une époque ou les températures sont parfaitement agréables : entre 8 et 20 degrés. Nous y pénétrons par une longue descente qui nous donne la sensation de descendre dans les
entrailles de la Terre. Et c’est pour ainsi dire le cas puisqu’elle se situe en dessous du niveau de la mer ! Nous apprécions des paysages aux couleurs multiples se superposant, la
pluie ayant forgés des canyons partout !

À notre arrive à Furnace Creek, Rob, un retraité sympathique, nous invite sur sa place de camping, parfait nous cherchions justement une solution pour camper gratuitement
! Puis il nous prépare son sac-douche et finalement nous invite à manger avec ses amis ! Une fois de plus, nous sommes épatés par la gentillesse des Américains ! Une journée de
pause nous permet de pédaler sans bagages jusqu’au point le plus bas des Etats-Unis : Badwater a -86m !

Ce ne sont pas les températures qui ont failli nous tuer dans la Death Valley, mais une montée de 1600m de dénivelé sur 25km dans une journée de 90km au total comptabilisant a
1800m dénivelé !!! Afin de partir dans les meilleures conditions, nous avalons une grosse dose de riz et avocat avant l'ascension. C’est ce moment que choisit un Asiatique d’une
soixantaine d’années pour nous interroger et nous photographier. Du coup chaque 30 secondes, on s’arrête de manger et on pose pour lui au son de ses commentaires bienveillants : “Mais
vous êtes fous, c’est beaucoup trop raide cette montée, elle est très très longue en plus, c’est vraiment trop difficile de faire ça a vélo, et en plus avec tout le poids que vous avez, vous
n’allez pas y arriver avant la nuit, etc.”

Allez, c’est parti ! Les dix premiers kilomètres sont faciles, on est frais, on lit un livre, tout va bien. Les dix d’après nous épuisent, un vent se lève et on voit comme un nuage de
poussière arriver lentement derrière nous dans la vallée : que se passe-t-il ? Et voilà que  le même type s’arrête en bord de route alors que nous poussons lamentablement notre
vélo, crevés ! Il nous parle, on pose “ J’y crois pas ! Vous avez pédalé sans vous arrêter depuis ce matin ! Et le pire est à venir, vous allez voir, là ça devient
vraiment raide, raide, raide, je sais pas comment vous allez faire” Ce petit diablotin n’aura pas le dessus sur notre moral, mais peut-être sur notre résistance à la
folie. Après son départ, je me crois capable de finir en courant, puis je danse et je chante avant de me raviser et de pousser le vélo : c’est quand même plus efficace ! Tous nos
efforts sont récompensés par une descente qui nous donne la sensation de glisser dans une ambiance sur réelle. Le soleil se couche et diffuse dans les épais nuages une lumière grise,
teintée de jaune et de rose. On ne s’est encore jamais senti aussi proche de l’ambiance bizarre qui règne dans nos rêves. C’est une sensation douce et pesante, délicieuse et
impressionnante, magnifique et bouleversante.

Du désert a la neige

En novembre, 2017 John nous lance “ Je vis près du Lake Tahoe, c’est magnifique là-bas, mais vous ne pouvez pas pédaler dans cette région en hiver, il fait trop froid”
Challenge accepted !!! Neuf mois dans la chaleur écrasante de Cuba et du Mexique nous donnent envie de revoir la neige, de vivre dans le froid, de pouvoir pédaler sans être dans un
état proche de la léthargie en perdant 10 litres d’eau par jour ! Le lendemain de notre sortie de la Death Valley, nous pédalons sous des rafales de neige qui nous glacent les os,
surtout ceux des pieds ! Heureusement, le réseau Warmshowers est si étendu que nous ne passerons qu’une seule nuit à camper dans un froid à décorner des bœufs ! Et le
jour de la Saint-Valentin, nous arrivons à la nuit tombante chez John et sa famille qui nous accueillent les bras ouverts. La fête est double puisque nous venons de passer
les 20’000 km à vélo, ça use les chicots!

Nos péripéties hivernales se poursuivent dans la région montagneuse du Lake Tahoe, qui n’a pas manqué de nous rappeler le pays de nos vertes années ! Sous la neige, sur la neige,
sur la glace, on pédale sans relâche avec des sacs plastiques autour des chaussures pour nous protéger du froid. A deux reprises, le vélo s’étale sur le côté et nous avec, évidemment
nos pneus ne sont pas faits pour rouler sur le verglas. Heureusement, notre prudence nous pousse à freiner dans les descentes ce qui nous a sûrement évité de belles blessures ! Inutile
de vous décrire la tête ahurie des gens qui nous voient pédaler, équipement d’hiver et plastique aux pieds dans des températures négatives. Certains nous encouragent, d’autres nous traitent
de fous, ils ont sûrement raison ! Sans oublier cette femme qui s’arrête à côté de nous en voiture “Oh my god ? From Switzerland ? For
more than 2 years ? I love you guys so much, I do, I really love you !” Les Américains sont tellement expressifs, on adore !

Warmshowers incroyables

Notre aventure américaine touche à sa fin puisque nous nous envolerons dans quelques jours pour Bali, où la chaleur et les moustiques nous ferons vite oublier la neige ! Nous ne pouvons
terminer cet article sans remercier la ribambelle d’hôtes Warmshowers qui nous ont hébergés. La fabuleuse Nicole à San Diego, sans qui notre vélo n’aurait pas retrouve une forme
olympique. Son adorable maman, Ladene, qui nous a accueillis dans son incroyable maison sur la colline. Cliff et Tania, qui nous ont offert tant d’énergie
positive. Bill et Theresa, deux êtres incroyables qui nous ont permis de nous reposer dans leur agréable maison de montagne. David, dont la générosité n’a pas de limite. Bill,
cet aventurier soixantenaire qui a voyage aux USA pendant 1 an avec sa sœur. Jennifer et Norm, qui nous ont remplis de chaleur humaine. John et Kim, qui nous
ont ouvert leur porte avec tant de gentillesse. Jean et Greg, des personnes uniques, inoubliables qui nous ont permis de nous reposer pendant la tempête de neige. Mike et Kim, des
conversations passionnantes avec ces deux voyageurs expérimentés. Ed, un cuisinier hors-pair dont nous n’oublierons pas la gentillesse. Mark et Peggy, dont la générosité et la bonté
nous a profondément touche. Jeff et Kimberly, dont nous avons l’honneur d’avoir été les premiers hôtes warmshower. Emily et Bryan, une maison douillette, un délicieux repas et une
compagnie des plus agréable. Janis et Kirk, des aventuriers septentenaires qui nous ont impressions par leur énergie positive, de vrais modèles. Kacia et Clark, deux voyageurs
au grand cœur qui nous ont permis de préparer notre voyage en Asie dans des conditions parfaites.

Anecdotes

Nous quittons la route principale pour nous enfoncer sur un chemin de sable dans le désert. Après 10 minutes, nous arrivons devant une petite maison, celle de David, notre
hôte Warmshowers. Un rapide tour du propriétaire nous fait comprendre qu’il n’est pas là, qu’il fait pousser du cannabis, que sa maison est très en cheni, mais quand même
propre. La nuit est tombée, la température chute, le froid nous envahit. Comme souvent, la porte est ouverte et nous avons l’intuition d’entrer et de nous installer malgré son
absence. Un lit est fait, est-ce le nôtre ? Des sacoches de vélo à près d’un autre lit, a-t-il déjà un invité à vélo ? Nous commençons à cuisiner, plus ou moins à l’aise quand
soudain quelqu’un toque à la porte. David serait-il un farceur ? On ouvre la porte pour découvrir une jeune-fille “Ah, mais vous habitez pas ici vous ? Non ?” Elle voyage
en voiture et une amie lui a dit de passer voir David pour se doucher ! Nous nous retrouvons donc les trois dans la maison de ce dernier, toujours absent ! Après 1h, il arrive enfin
avec un voyageur à vélo brésilien, suivit d’un jeune américain-asiatique sur le point de commencer sa carrière chez Boeing. Et c’est avec cette joyeuse troupe que nous passons une
soirée fabuleuse et folklorique !

En partant du fameux Roy’s Motel, nous sommes arrêtés par deux êtres sortis tout droit d’un film : deux vieux bonhommes barbus et chevelus au possible. Ils nous prennent en
photo et on les imite parce que ces deux-là, il faut les immortaliser ! Et puis de fil en aiguille, on apprend qu’ils ont conduit des centaines de kilomètres pour être ici, en ce moment
précis…Pourquoi ? Parce qu’un certain « Mad Mike » est sur le point de se lancer dans le ciel avec une fusée home made. En effet, ce cher monsieur souhaite prouver
que la Terre est plate en prenant des photos depuis une hauteur suffisante à démontrer enfin LA VRAIE VÉRITÉ quant à la forme de notre chère planète. Principalement finance par « The
Flat Earth Society », son projet nous laisse sans voix. Malheureusement, nous avons une longue journée devant nous et n’avons pas le temps d’attendre pour observer son
exploit.

Dans tous les pays, les bords de route sont jonchés d’objets, généralement des ordures, des bouts de plastiques, etc. Mais aux USA, les bords de route sont parsemés de trésors. Si nous
avions ramassé tous les outils en parfait état que nous avons vus, nous en aurions assez pour ouvrir un garage ! On s’est fourni en scotch en tous genres. On a ramené des
cadeaux à nos hôtes warmshowers : chaussures de marche neuves, ballons de basket gonfles, carte-cadeaux pour des activités en salle. Sans oublie ce fameux jour où nous avons
trouvé un IPhone et 50 km plus loin un IPad, que nous avons remis à la Police !

Juste après avoir traversé le Golden Gate Bridge, nous nous arrêtons pour checker rapidement l’itinéraire. Un couple âgé s’avance vers nous. La dame est petite et souriante,
l’homme est grand et a la moitie gauche du visage qui pend ainsi qu’une canne dans la main gauche. La dame nous pose des questions à propos du vélo, nous racontant que son mari a souffert un
AVC récemment, mais ne souhaite pas abandonner “ Moi, je pourrais pédaler à l’arrière et mon mari serait à l’avant” “ Nous sommes en train de chercher des solutions, car je ne veux pas arrêter le
vélo !” Complète son mari. Quelle merveilleuse preuve d’amour que cette petite dame qui veut pédaler avec son mari pour qu’il puisse continuer à être actif. Et quelle preuve de courage
cet homme qui veut pédaler malgré son hémiplégie. Tous les jours, tous les jours, on rencontre des personnes qui nous inspirent…

Notre itinéraire

Plus de photos de 🇺🇸 USA ?

Voir la galerie photos →
← Mexique - On pédale dans le désert